Nouveaux gTLD 2026 : l’Afrique aura 104 jours pour examiner, commenter et agir

Le 12 août 2026 marquera la fermeture des candidatures au prochain round des nouvelles extensions Internet. Mais l’étape la plus importante pour les gouvernements, les communautés, les marques et les acteurs numériques africains viendra ensuite : lorsque les candidatures deviendront publiques et qu’une fenêtre de 104 jours permettra d’examiner certains projets, de signaler des préoccupations et, dans certains cas, de s’y opposer.

L’ESSENTIEL
  • 12 août 2026 : fermeture du dépôt des candidatures aux nouveaux gTLD à 23:59 UTC.
  • Reveal Day : ICANN publiera les candidatures ayant passé le contrôle administratif ainsi que les parties publiques des dossiers.
  • String Confirmation Day : après une période permettant certains remplacements de chaînes, la liste définitive des extensions demandées sera publiée.
  • 104 jours : à compter du String Confirmation Day, le public pourra soumettre des commentaires susceptibles d’être pris en compte dans l’évaluation.
  • Enjeu africain : disposer rapidement d’une capacité structurée pour identifier les candidatures présentant un intérêt, une sensibilité ou un risque pour le continent.

Le 12 août 2026 à 23:59 UTC, la fenêtre de dépôt des candidatures au prochain round des nouveaux gTLD se fermera.

Cette date concentre naturellement l’attention.

Combien de candidatures auront été déposées ? Quelles nouvelles extensions auront été demandées ? Combien concerneront des marques ? Des communautés ? Des territoires ? Quelle sera la place de l’Afrique ?

Toutes ces questions sont légitimes. Mais elles peuvent masquer une étape beaucoup plus importante.

Car une fois les candidatures déposées, le processus ne sera pas terminé.

Il deviendra public.

Et à partir de ce moment, la capacité d’un pays, d’une communauté, d’une entreprise ou d’une institution à comprendre ce qui a été demandé deviendra presque aussi importante que la candidature elle-même.

Le 12 août ne marque pas la fin du round

Une extension Internet n’est pas attribuée au lendemain du dépôt d’un dossier.

Après la fermeture des candidatures, ICANN doit d’abord effectuer un contrôle administratif des dossiers et vérifier notamment la réception des frais d’évaluation.

Cette phase devrait durer environ huit semaines.

Viendra ensuite le Reveal Day.

Sauf circonstances extraordinaires, ICANN prévoit celui-ci au plus tard neuf semaines après la fermeture de la période de candidature. À ce moment-là, une partie essentielle du paysage deviendra visible.

ICANN publiera notamment :

  • les extensions demandées,
  • les éventuelles variantes,
  • les chaînes de remplacement déclarées par les candidats,
  • les parties publiques des dossiers de candidature,
  • les candidatures portant sur des chaînes identiques et placées en contention.

Pour les observateurs du secteur, ce sera évidemment un événement majeur.

Mais ce ne sera toujours pas le début des fameux 104 jours.

Le véritable compte à rebours commencera au String Confirmation Day

Après le Reveal Day, certains candidats ayant prévu une chaîne de remplacement pourront décider de substituer celle-ci à l’extension initialement demandée.

Cette période doit durer 14 jours. Ce n’est qu’ensuite qu’interviendra le String Confirmation Day.

ICANN publiera alors une liste actualisée des candidatures avec les chaînes finalement retenues ainsi qu’une nouvelle situation des ensembles de contention.

C’est à partir de cette date que s’ouvrira une période particulièrement importante : 104 jours pendant lesquels les candidatures pourront faire l’objet de commentaires et de plusieurs mécanismes d’intervention.

La distinction peut sembler technique. Elle ne l’est pas.

Pour les gouvernements, les communautés, les titulaires de droits ou les organisations souhaitant analyser les dossiers, elle détermine précisément le moment où commence le compte à rebours.

Dans la gouvernance de l’Internet, connaître l’existence d’un mécanisme ne suffit pas. Il faut savoir quand il s’ouvre, ce qu’il permet et être prêt à l’utiliser avant que la fenêtre ne se referme.

Farid NAMANE

Pendant 104 jours, chacun pourra faire remonter une préoccupation

L’un des mécanismes les plus intéressants du prochain round est l’Application Comment Forum.

Tout membre du public pourra soumettre un commentaire sur une candidature.

Cela inclut notamment :

  • les particuliers,
  • les entreprises,
  • les organisations,
  • les gouvernements,
  • les communautés,
  • et même d’autres candidats.

Il ne s’agit pas d’un simple espace d’expression.

Lorsqu’un commentaire apporte une information pertinente pour un critère d’évaluation et qu’il n’est ni manifestement frivole, trompeur ou abusif, il peut être pris en compte par les évaluateurs.

Le commentaire devra être rattaché à une candidature, une chaîne et aux évaluations ou procédures concernées. Des éléments justificatifs pourront également être joints.

Si un commentaire est susceptible d’avoir une incidence sur l’évaluation, le candidat devra avoir la possibilité d’y répondre.

Autrement dit, documenter correctement une préoccupation peut avoir une conséquence réelle dans le processus d’évaluation.

C’est précisément pourquoi les 104 jours ne doivent pas être considérés comme une simple consultation publique supplémentaire. Ils constituent une fenêtre d’intervention.

Commenter n’est pas s’opposer

Il faut toutefois distinguer deux mécanismes.

Le commentaire sert principalement à porter à la connaissance d’ICANN, du candidat et des évaluateurs une information ou une préoccupation pertinente.

L’objection constitue une procédure formelle de règlement des différends.

Une objection nécessite notamment d’avoir qualité pour agir et doit reposer sur l’un des quatre fondements prévus par le programme :

  • String Confusion : risque de confusion entre chaînes,
  • Legal Rights : atteinte à des droits juridiques, notamment certains droits de marque,
  • Limited Public Interest : problématique grave relevant de principes reconnus d’ordre public,
  • Community : opposition substantielle d’une communauté significative visée explicitement ou implicitement par l’extension.

La période principale de dépôt des objections sera elle aussi ouverte pendant les 104 jours suivant le String Confirmation Day.

Il existe donc une gradation.

  1. Identifier.
  2. Analyser.
  3. Documenter.
  4. Commenter.

Puis, lorsque les conditions juridiques et procédurales le permettent, éventuellement objecter.

Les gouvernements disposent également de mécanismes spécifiques

Pour les États africains, le prochain round ne doit pas être observé uniquement sous l’angle des candidatures nationales.

Les membres et observateurs du Governmental Advisory Committee (GAC) peuvent émettre un GAC Member Early Warning pendant les 104 jours suivant le String Confirmation Day.

Il s’agit d’un avertissement indiquant qu’une candidature est considérée comme potentiellement sensible ou problématique.

Un consensus du GAC n’est pas nécessaire pour émettre cet avertissement.

Il n’entraîne pas automatiquement le rejet d’une candidature, mais il constitue un signal important : une préoccupation gouvernementale non résolue peut ensuite alimenter d’autres mécanismes, notamment un GAC Consensus Advice ou une objection.

Le GAC peut également transmettre au Conseil d’administration de l’ICANN un Consensus Advice concernant une candidature jugée problématique.

Pour l’Afrique, cela signifie quelque chose de très concret.

Les administrations qui découvriraient une candidature sensible plusieurs mois après sa publication pourraient avoir perdu une partie de leur capacité d’action.

At-Large prépare déjà son dispositif de surveillance

La communauté At-Large ne semble pas attendre la publication des candidatures pour commencer à s’organiser.

Un At-Large gTLD Applications Review Group – gARG a été constitué afin de préparer l’analyse du prochain round.

Il doit réunir des membres provenant des cinq Regional At-Large Organizations, dont AFRALO pour l’Afrique.

Parmi ses missions :

  • identifier les candidatures soulevant des préoccupations communautaires ou d’intérêt public,
  • faire remonter ces préoccupations dans les espaces At-Large,
  • préparer des commentaires pouvant être soumis à l’Application Comment Forum,
  • suivre les réponses apportées par les candidats,
  • évaluer si certaines préoccupations doivent évoluer vers une objection formelle,
  • et éventuellement préparer un recours lorsque les conditions le justifient.

Cette organisation est intéressante car elle révèle la véritable nature de la prochaine phase.

Le sujet ne sera plus seulement : « Qui a candidaté ? »

Il deviendra : « Quelles candidatures méritent une analyse approfondie, pourquoi et par quel mécanisme peut-on intervenir ? »

Quels dossiers l’Afrique devrait-elle regarder en priorité ?

Il serait inutile d’aborder chaque candidature avec le même niveau d’attention.

Une surveillance africaine devrait probablement commencer par plusieurs catégories.

1. Les extensions à dimension géographique

Les noms de villes, régions et autres termes géographiques associés au continent nécessitent une lecture attentive des procédures applicables et des soutiens gouvernementaux éventuellement nécessaires.

2. Les termes associés à des communautés, cultures ou langues

Une chaîne peut avoir une signification particulière dans une langue ou une culture que son candidat n’a pas correctement anticipée.

La capacité à analyser les candidatures depuis le continent sera ici essentielle.

3. Les secteurs sensibles ou réglementés

Finance, santé, services professionnels, infrastructures critiques ou autres domaines particulièrement sensibles peuvent nécessiter des garanties renforcées pour protéger les utilisateurs.

4. Les candidatures susceptibles d’affecter des droits existants

Les entreprises et titulaires de marques africaines devront identifier rapidement les chaînes susceptibles de soulever des questions relatives à leurs droits.

Le mécanisme approprié ne sera pas nécessairement le commentaire : selon la situation, une procédure d’objection fondée sur les droits pourra être plus pertinente.

5. Les projets soulevant des questions d’intérêt public ou communautaire

Une extension peut techniquement satisfaire de nombreux critères tout en suscitant une question plus profonde sur la communauté qu’elle prétend représenter, son modèle d’exploitation ou certaines garanties proposées.

C’est précisément sur ces dossiers que l’analyse collective d’At-Large et du gARG prendra tout son sens.

Il faut construire dès maintenant un Radar gTLD Afrique

Cent quatre jours peuvent sembler longs.

Ils deviennent extrêmement courts lorsqu’il faut successivement découvrir plusieurs centaines ou milliers de dossiers, comprendre les candidats, identifier les conséquences potentielles, consulter des experts, mobiliser une communauté, réunir des preuves et choisir le bon mécanisme procédural.

L’Afrique ne devrait donc pas attendre le String Confirmation Day pour s’organiser. Un véritable Radar gTLD Afrique pourrait reposer sur quatre niveaux.

1. Cartographier

Identifier automatiquement les chaînes présentant un lien géographique, linguistique, culturel, économique, institutionnel ou commercial avec l’Afrique.

2. Qualifier

Analyser :

  • le candidat,
  • la finalité déclarée de l’extension,
  • le modèle de registre envisagé,
  • les engagements proposés,
  • les communautés éventuellement concernées,
  • les droits ou intérêts susceptibles d’être affectés.

3. Prioriser

Toutes les candidatures ne mériteront pas le même niveau d’attention.

Il faudra distinguer :

  • les extensions à simplement surveiller,
  • celles nécessitant une analyse approfondie,
  • celles justifiant un commentaire,
  • et les rares situations nécessitant l’étude d’une objection.

4. Orienter

Le rôle d’un observatoire ne serait pas de s’opposer systématiquement aux nouvelles extensions.

Il serait de permettre aux acteurs concernés de comprendre rapidement qui peut agir, selon quelle procédure et avant quelle échéance.

C’est une différence fondamentale.

L’Afrique ne doit pas découvrir les nouvelles extensions lorsqu’elles seront déjà dans la racine

Le prochain round des nouveaux gTLD est souvent présenté comme une opportunité commerciale.

Il l’est. Mais il constitue également une nouvelle modification de l’architecture mondiale du nommage Internet.

De nouveaux espaces numériques vont apparaître.

Certains seront des marques. D’autres des termes génériques, des communautés, des concepts ou des territoires numériques entièrement nouveaux.

Nous ne savons pas encore quelle sera la place de l’Afrique parmi les candidats.

Mais la participation au système ne se mesure pas uniquement au nombre de candidatures déposées.

Elle se mesure aussi à la capacité de comprendre les candidatures des autres, d’en mesurer les conséquences et d’utiliser les mécanismes de gouvernance lorsqu’un intérêt légitime doit être défendu.

Le 12 août marquera donc la fermeture d’une porte pour les candidats. Pour le reste de l’écosystème, une autre commencera à s’ouvrir.

Et lorsque le String Confirmation Day déclenchera les 104 jours, l’enjeu sera simple :

être prêt avant que le chronomètre démarre.

Une souveraineté numérique qui ne surveille pas l’évolution de l’espace de nommage mondial reste incomplète. L’Afrique doit pouvoir identifier les extensions qui la concernent, comprendre ceux qui souhaitent les exploiter et intervenir lorsque ses communautés, ses droits ou ses intérêts stratégiques le justifient.

Farid NAMANE