Nouveaux gTLD 2026 : l’Applicant Support Program ouvre la porte, le vrai test commence maintenant

L’ICANN vient de publier les résultats définitifs de l’Applicant Support Program pour le round 2026 des nouveaux gTLD. Avec 56 candidats approuvés, contre un seul en 2012, le changement d’échelle est réel. Mais le véritable succès du programme ne se mesurera pas au nombre d’aides accordées : il se mesurera à la capacité de ces nouveaux acteurs à atteindre la racine du DNS et à exploiter durablement leur registre.

L’ESSENTIEL
  • 78 candidatures ASP : ont été soumises pour le round 2026 des nouveaux gTLD.
  • 56 candidats approuvés : contre seulement un bénéficiaire lors du round 2012.
  • Afrique : 10 candidatures ont été déposées, dont 7 ont été pleinement approuvées.
  • Une sélection encore limitée : les bénéficiaires africains représentent 12,5 % des 56 candidats soutenus.
  • Le véritable test commence maintenant : candidature gTLD, évaluation, éventuelle contention, délégation puis exploitation durable du registre.

Il est tentant de regarder le chiffre de 56 candidats soutenus et de conclure immédiatement que l’Applicant Support Program 2026 est un succès.

À certains égards, il l’est déjà.

Lors du round 2012 des nouveaux gTLD, seulement trois candidatures avaient été déposées dans le cadre du programme de soutien et une seule avait finalement obtenu une aide.

Quatorze ans plus tard, l’ICANN annonce 78 candidatures soumises et 56 candidats pleinement approuvés.

Le changement d’échelle est considérable.

Selon les statistiques définitives publiées par l’ICANN :

  • 56 candidatures ont été pleinement approuvées,
  • 3 ont été jugées non éligibles,
  • 4 ont été retirées,
  • 15 ont été clôturées parce qu’elles étaient encore incomplètes à la fermeture du système.

L’ICANN avait par ailleurs construit une partie de sa planification autour d’une hypothèse de 40 à 45 candidats soutenus.

Avec 56 bénéficiaires, cette hypothèse est dépassée.

Mais ce résultat mérite d’être lu avec un peu plus de recul.

L’ASP répond à une faiblesse historique du programme des nouveaux gTLD

Demander une nouvelle extension Internet n’est pas comparable à l’enregistrement d’un nom de domaine.

Un candidat ne demande pas simplement le droit d’utiliser un mot à droite du point. Il se prépare à devenir responsable d’un espace de nommage intégré à l’infrastructure mondiale du DNS.

Cela suppose des capacités financières, techniques, juridiques, opérationnelles et organisationnelles importantes.

Il faut construire un projet, comprendre les règles de l’ICANN, travailler avec un Registry Service Provider, démontrer sa capacité à exploiter le registre, anticiper les questions de sécurité, de conformité, d’abus, de distribution et de continuité de service.

L’Applicant Support Program a précisément été conçu pour rendre cette porte d’entrée plus accessible aux organisations qui disposent de moins de ressources financières ou d’expertise technique.

Le programme prévoit ainsi une combinaison de soutien financier et non financier afin de réduire certaines barrières à la candidature.

C’est important.

Car sans mécanisme correcteur, le risque est évident : la création de nouvelles extensions peut progressivement devenir un exercice réservé aux grandes entreprises, aux investisseurs spécialisés ou aux organisations déjà parfaitement intégrées à l’écosystème des noms de domaine.

L’ASP cherche donc à introduire davantage de diversité dans le système.

Mais faciliter l’entrée ne garantit pas la réussite.

Ouvrir la porte est indispensable. Mais la véritable diversité du DNS commencera lorsque de nouveaux acteurs auront aussi la capacité de franchir cette porte, d’exploiter leur infrastructure et d’y rester durablement.

Farid NAMANE

Un chiffre moins visible mérite également notre attention : 99

Les 78 candidatures déposées ne racontent pas toute l’histoire.

Les statistiques de l’ICANN montrent que 99 organisations supplémentaires avaient initié le processus ASP sans finalement soumettre de candidature pour évaluation.

Au total, 177 organisations ont donc au moins commencé une démarche dans le programme. 78 seulement sont allées jusqu’au dépôt.

Nous ne connaissons pas les raisons individuelles de ces abandons et il serait hasardeux de les interpréter toutes de la même manière.

Mais le chiffre est révélateur. Le coût financier n’est qu’une partie de la difficulté.

Un projet de nouveau gTLD exige aussi :

  • une stratégie suffisamment claire pour justifier l’existence de l’extension,
  • un modèle économique ou institutionnel crédible,
  • des compétences techniques et réglementaires,
  • des partenaires capables d’opérer l’infrastructure,
  • une capacité de financement au-delà du seul dépôt de candidature,
  • une organisation capable d’assumer les obligations d’un registre dans la durée.

Ce point est fondamental lorsqu’on réfléchit à la participation des pays et organisations encore peu représentés dans l’industrie mondiale des noms de domaine.

Sept candidats africains approuvés : un progrès, pas encore un basculement

C’est évidemment la partie des statistiques que je regarde avec le plus d’attention.

Sur les 78 candidatures ASP déposées dans le monde, 10 provenaient d’Afrique.

Sept ont été pleinement approuvées. Trois sont restées incomplètes lors de la fermeture du programme.

Parmi les 56 candidats soutenus au niveau mondial, la répartition géographique est la suivante :

  • Asie / Australie / Pacifique : 30
  • Amérique du Nord : 14
  • Afrique : 7
  • Europe : 4
  • Amérique latine / Caraïbes : 1

L’Afrique représente donc 12,5 % des bénéficiaires approuvés.

Autre donnée intéressante : parmi ces sept candidats africains, six appartiennent à la catégorie des micro ou petites entreprises issues d’économies moins développées et un à celle des organisations à but non lucratif ou équivalentes.

Ce résultat est encourageant.

Mais pour un continent de 54 pays, il serait prématuré d’y voir un rééquilibrage structurel de la participation africaine au système des nouveaux gTLD.

Nous ne connaissons pas encore publiquement les pays concernés. Nous ne connaissons pas encore les chaînes demandées.

Nous ne savons pas davantage quels Registry Service Providers accompagnent ces projets, quels modèles économiques ont été choisis ou si certains candidats se retrouveront en situation de contention.

Et ces informations compteront énormément.

Sept extensions correspondant à des projets locaux, linguistiques, territoriaux, institutionnels ou entrepreneuriaux profondément ancrés dans les économies africaines ne raconteraient pas la même histoire que sept projets essentiellement défensifs ou sans véritable écosystème derrière eux.

Le nombre compte. La nature des projets comptera davantage.

56 candidats soutenus ne signifie pas 56 nouvelles extensions

C’est probablement la distinction la plus importante à conserver.

Être approuvé dans l’Applicant Support Program ne signifie pas qu’un nouveau gTLD sera automatiquement créé.

Les candidats soutenus entrent maintenant dans le programme général des nouveaux gTLD.

Ils devront encore franchir les étapes applicables à leur candidature : contrôles administratifs, évaluations, éventuelles objections, résolution des contentions, contractualisation, tests techniques et, seulement à la fin du processus, délégation éventuelle de l’extension dans la racine du DNS.

L’ASP facilite donc l’accès au parcours. Il ne garantit pas son aboutissement.

Le GNSO avait d’ailleurs pris soin de définir un indicateur de réussite beaucoup plus exigeant.

L’objectif est qu’au moins 10 candidatures soutenues, ou 0,5 % des candidatures gTLD effectivement déléguées, proviennent de bénéficiaires du programme.

Le document précise explicitement que ce seuil doit être considéré comme un plancher et non comme un plafond.

C’est une distinction essentielle.

Le succès du programme ne doit pas être évalué uniquement aujourd’hui, au moment où les aides sont attribuées.

Il devra être évalué lorsque les extensions auront réellement atteint la racine.

Le troisième niveau de réussite sera encore plus intéressant : durer

Le GNSO va même plus loin.

Dans ses recommandations sur l’Applicant Support Program, il prévoit que l’ICANN examine dans quelle mesure les bénéficiaires ayant obtenu un gTLD sont toujours en activité comme opérateurs de registre trois ans après leur délégation.

C’est probablement l’un des indicateurs les plus pertinents de tout le dispositif.

Car une délégation n’est pas une fin en soi.

Un registre doit ensuite fonctionner.

Il faut assurer la disponibilité du DNS, respecter les obligations contractuelles, gérer les abus, maintenir la sécurité, travailler avec les registrars, construire une distribution, développer les usages de l’extension et financer l’ensemble de cette infrastructure dans le temps.

Le véritable parcours peut donc se lire en trois étapes :

Accès → Délégation → Durabilité.

L’ASP intervient principalement sur la première.

Le round 2026 nous dira combien de candidats atteindront la seconde.

Les années suivantes nous diront combien auront réussi la troisième.

Obtenir une extension est un événement. Exploiter un registre est une responsabilité de long terme.

Farid NAMANE

Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse désormais le financement des candidatures

Cette distinction est particulièrement importante pour le continent africain.

Pendant longtemps, le débat autour de la participation africaine aux nouveaux gTLD s’est naturellement concentré sur le coût d’accès au programme.

Cette barrière existe.

Mais elle n’est pas la seule.

Si l’Afrique souhaite prendre davantage de place dans l’économie mondiale du DNS, elle doit également renforcer tout l’écosystème qui permet de transformer une candidature en infrastructure viable.

Cela implique notamment :

  • des compétences dans la gestion des registres et des registrars,
  • une maîtrise plus profonde du DNS, de DNSSEC et de la sécurité des infrastructures,
  • des experts en conformité, politiques ICANN et droit des noms de domaine,
  • des capacités de financement adaptées aux projets de long terme,
  • des réseaux de distribution et de registrars capables d’atteindre les marchés locaux,
  • une meilleure compréhension institutionnelle de la valeur stratégique des espaces de nommage.

C’est précisément ici que la question des nouveaux gTLD rejoint celle de la souveraineté numérique. La souveraineté ne consiste pas nécessairement à tout opérer seul.

Elle consiste à développer suffisamment de compétences et de capacité de décision pour choisir ses partenaires, négocier ses dépendances, protéger ses actifs et comprendre l’infrastructure que l’on gouverne.

Une extension Internet peut devenir un actif économique, culturel, institutionnel ou territorial. Mais uniquement si son opérateur sait pourquoi elle existe et dispose des moyens de la faire vivre.

Le Reveal Day donnera une toute autre dimension à ces chiffres

La prochaine étape importante sera le Reveal Day.

L’ICANN publiera alors les parties publiques des candidatures ayant franchi les contrôles administratifs du round 2026.

Nous commencerons enfin à voir ce qui se trouve derrière les statistiques.

Pour l’Afrique, plusieurs questions deviendront alors particulièrement intéressantes :

  • quels pays sont représentés ?
  • quelles chaînes ont été demandées ?
  • quels candidats bénéficient de l’ASP ?
  • quels acteurs techniques accompagnent ces projets ?
  • quelles extensions correspondent à des projets commerciaux, communautaires, géographiques ou institutionnels ?
  • quelles chaînes entreront en contention ?

C’est à ce moment-là que nous pourrons commencer à mesurer non seulement la participation africaine, mais également sa nature.

Et quelques années plus tard seulement, nous pourrons répondre à une question encore plus importante :

combien de ces nouveaux acteurs auront réellement acquis une place durable dans l’infrastructure mondiale du DNS ?

L’Applicant Support Program 2026 a incontestablement franchi une étape que celui de 2012 n’avait pas réussi à atteindre.

Il a attiré davantage de candidats, élargi la participation et permis à 56 organisations d’accéder à un soutien.

C’est une avancée.

Mais elle ne constitue que le début de l’histoire.

La diversité du DNS ne se mesurera pas seulement au nombre de candidats que nous aurons aidés à entrer. Elle se mesurera au nombre de nouveaux acteurs capables de construire, gouverner et maintenir durablement leur propre espace de nommage.

Farid NAMANE
Sources & références